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SUPPLEMENT DU PBGG
Mensuel de
Neuropsychologie
CMRR Grenoble Arc
Alpin
Vol.1 n°19
- Mai 2007
REUNION
BIBLIOGRAPHIQUE - PAVILLON ELISEE CHATIN
Articles
commentés
* Archives of
Clinical Neuropsychology, 21, (2006) pp. 687-692.
Increasing
the power for detecting impairment in older adults with the faces
subtest from Wechsler Memory Scale-III: An emprirical trial. Boaz Levy.
La batterie
d'évaluation de la Mémoire de Weschler (troisième
édition) implique que ses sous-tests puissent être
utilisés de manière sélective. Chacun doit donc
avoir une bonne validité. Le sous test de reconnaissance des
visages pose pour sa part problème car sa
sensibilité pour détecter un déficit de
mémoire visuelle n'a pas été précisemment
établie et qu'il existe un effet plancher dans le groupe des
sujets âgés normaux (et ils répondent beaucoup au
niveau du hasard). D'autre part, un déficit de
mémoire pour les visages semble exister à des stades
variables de la maladie d'Alzheimer(MA). L'auteur souligne donc
l'intérêt d'améliorer ce sous test dans un but
d'aide au diagnostic et propose une nouvelle version.
Comme les
scores sont bas dès la phase de reconnaissance
immédiate l'auteur suppose que la difficulté vient de la
phase d'acquisitation au cours de laquelle sont présentés
les 24 visages toutes les 2 secondes. Il propose donc de faciliter
l'encodage en faisant l'hypothèse que les sujets
âgés sains seront aidés mais pas les personnes
ayant une (MA). Pour cela il propose de présenter sur un
écran d'ordinateur 3 visages successivement pendant 2 secondes
chacun puis immédiatement un choix multiple pour chaque
visage. La procédure est appliquée six fois de suite, il
y a ainsi en tout 18 visages cibles et 54 distracteurs.
Un groupe de
16 personnes avec une MA (MMS=18.33 +/- 4.8) et de 16 sujets
âgés sains (MMS=28.2 +/- 1.67) passent l'épreuve.
Les résultats montrent que dans le groupe contrôle aucun
sujet ne répond au hasard. Dans le groupe MA, 87%
répondent encore au hasard (100% dans la version classique).
Toutes les analyses montrent que cette version permet de mieux
différencier les sujets sains des sujets MA.
La prochaine
étape est d'étudier une façon de tester la
reconnaissance différée.
Cet article souligne la difficulté
de l'évaluation des personnes âgées et montre
à quel point la nature même d'un test (longueur du test,
temps de présentation...) peut entraver les résultats des
personnes âgées. Il est primordial de tenir compte de ce
type de variable afin de mieux pouvoir faire la distinction entre
vieillissement normal et pathologique (Commentaires
Chrystèle Mosca).
*
Psychogeriatrics, 2007;1:37-39
"Socio-psychological factors in suicide with Alzheimer's disease:
comparative case studies of two patients in the USA and Japan" Y.
Kishikawa, R.-P. Friedland, H. Ueda, Y. Kitabayashi, K. Fukui
L'objectif de
ces études de cas est de mettre en avant l'influence des aspects
socio-psychologiques sur le comportement des patients atteints de
maladie d'Alzheimer. Les auteurs font une analyse comparée de
deux cas de suicide de patients en début de maladie, l'un aux
Etats-Unis, l'autre au Japon. Le sentiment d'atteinte de la
dignité de la personne est en cause dans le passage à
l'acte suicidaire des deux cas présentés.
Cas
n° 1 aux Etats-Unis :
Il s'agit d'un
homme de 84 ans, ancien ingénieur industriel. Il s'est
retiré de l'entreprise qu'il a créée pour profiter
paisiblement de sa retraite lorsque son épouse
décède en 1988, après une année
d'hospitalisation pour une maladie de Parkinson. La famille
décrit un état dépressif à la suite du
décès de son épouse. Des troubles mnésiques
sont apparus en 1989 suivis pendant l'année par
l'altération de son langage et une aggravation des
symptômes dépressifs. En 1990 le MMSE est à 19/30
et les examens complémentaires permettent de diagnostiquer une
maladie d'Alzheimer dont il est informé.
En 1990 il est
obligé d'emménager avec son fils et n'est plus
autorisé à conduire. Il a été très
perturbé de ses changements. En 1991 sa famille organise un
voyage dans un hôtel dans lequel plusieurs de ses amis
résident. Il ne voulait pas partir de peur que ses troubles
soient remarqués par ses amis. Le jour du départ, il a
sauté du balcon au troisième étage de sa maison,
en laissant ses chaussures bien rangées devant la fenêtre.
Sa famille a été surprise de la façon dont il a
planifié ce geste par rapport aux difficultés qu'il
rencontrait dans la vie quotidienne.
Cas n°2 au
Japon :
Il s'agit d'un
homme de 62 ans, directeur d'un garage et d'une concession de voiture.
Les troubles mnésiques ont débutés il y a 18 mois.
Le MMSE est de 21/30 et le bilan neuropsychologique objective des
troubles mnésiques importants, une désorientation des
troubles du langage, une perturbation des activités au travail,
sans symptôme dépressif. Il a été
informé qu'il avait une maladie du cerveau qui ne causait pas de
démence, mais pas du diagnostic de maladie d'Alzheimer,
contrairement à sa famille et à ses collègues
(habitude japonaise). Par la suite il a tenté de pallier ses
difficultés en prenant des notes sur un carnet. Malgré ce
dispositif, les erreurs se sont renouvelées et il a du quitter
la tête de son entreprise sur le conseil de ses collègues
et de sa famille. L'interruption de son activité professionnelle
et de la conduite ont été très mal
vécues par le patient, d'autant que c'est le fils d'un
ex-directeur du garage qui lui a demandé de quitter son emploi.
La situation est vécue comme une injustice et quelques semaines
après il est retrouvé pendu dans son ancien garage par un
moyen ingénieux impliquant une machine-outi. Une lettre
était adressée à ses collègues et au futur
directeur.
La
dépression est souvent considérée comme une cause
possible de l'acte suicidaire. Elle est un symptôme
fréquent dans la maladie d'Alzheimer mais l'acte suicidaire
reste un événement exceptionnel au cours de la maladie.
Dans les cas exposés, les deux hommes sont à un stade
débutant et d'autres facteurs que la dépression et la
connaissance ou non de la pathologie sont à prendre en compte
pour comprendre le passage à l'acte suicidaire. Le vécu
de privation de l'indépendance est un des principaux facteurs
affectant la qualité de vie des personnes malades d'Alzheimer.
Ces deux cas montrent comment l'atteinte du sentiment de dignité
peut amener au passage à l'acte suicidaire
délibéré. Passage à l'acte qui
nécessite une organisation et une planification impliquant des
processus complexes.
Cet article
a le mérite de traiter d'un sujet complexe et peut
fréquent dans la maladie d'Alzheimer même si cette
problématique se pose régulièrement dans la
pratique. Il ne s'agit pas d'une étude permettant
d'établir des généralités mais elle montre
l'intérêt d'être attentif au discours et aux
difficultés personnelles des patients. Par contre les auteurs
n'abordent pas les possibilités de prise en charge
psychothérapeutique ! (Commentaires
Magdeleine Molines)
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