PETIT
BULLETIN du Gériatre et du Gérontologue
13ème
année
n° 19- 11
juin
2007
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Département
de Médecine Gériatrique et Communautaire
Fédération
de Gériatrie du CHU
de Grenoble
CMRR Grenoble Arc
Alpin
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Edito
Une
fois par an, Matthieu DEBRAY organise avec le CMRR une revue
bibliographique sur la démence, au Château de CANDY
à Chambéry avec la complicité du Laboratoire EISAI
que nous remercions. Chambéry est en effet le centre de
gravité de notre arc alpin français. A cette occasion
Olivier MOREAUD a présenté un article et
résumé pour le PBGG, ses propos ci-dessous.
Articles
* N
Engl J Med2007;356:2496-504
Relationship between
number of medical conditions and quality of care. Higashi T&all.
A partir de 3 cohortes de patients adultes
vivant à domicile regroupant un total de 7680 patients,
l'article analyse la relation entre le nombre de pathologies et la
qualité de la prise en charge médicale (exemple de
critère qualité: en cas de démence: explication
par le médecin des ressources communautaires disponibles,
éducation sur la maladie..).
Contrairement à ce qui était
attendu, chaque pathologie supplémentaire s'accompagne d'un gain
significatif d'environ 2% sur le score de qualité de prise en
charge. Après ajustement sur les caractéristiques du
patient et le nombre de recours au système de soins, cette
relation diminue mais reste significative (donc le gain en
qualité de prise en charge peut être partiellement
lié au fait que le patient a plus d'occasion de recevoir de
soins). Le recours à un spécialiste joue aussi un
rôle modeste mais positif dans cette relation. Au delà de
7 pathologies, le score qualité semble diminué mais
l'étude n'a pas assez de puissance pour pouvoir conclure du fait
du faible nombre de patients dans ces catégories. (Commentaires Matthieu DEBRAY, Annecy)
* Internal Medicine
(DOI : 10.2169/internalmedicine.46.1813)
Doctor-patient
communication : a comparison between telemedicine consultation and
face-to-face consultation. Xiao LIU & al.
Comparaison classique mais
finalement encore assez rare entre la consultation conventionnelle et
la téléconsultation par visioconférence
téléphonique à 384 kHz. 20 patients et 5
médecins. Proche de ce que nous avions publié en 97 avec
Claudine MONTANI, les conclusions sont les suivantes : 1) le temps
paraît plus long mais est plus court en
téléconsultation, 2) la formulation de politesse et
d'empathie qui accompagne l'entretien technique est plus courte en
téléconsultation (proche de ce que nous appelions «
la chasse aux blancs »), 3) l'information médicale
enregistrée sur le dossier est plus courte en
téléconsultation, 4) les patients sont satisfaits et les
médecins frustrés... ce qui engage les auteurs
très logiquement à proposer une formation à la
téléconsultation, pour les médecins. Un
détail : en 97 nous l'avions testée avec des psychologues
cliniciennes. (Commentaires Alain
FRANCO et Claudine MONTANI)
Revue sur la
démence à propos d'un article, par Olivier MOREAUD
DFT, APP, DS, DCB,
etc... : hétérogénéité clinique et
neuropathologique
Un objectif en médecine est
d'essayer de poser le meilleur diagnostic possible. L'équipe
d'Andrew Kertesz au Canada a publié en 2005 un travail (qui
depuis a été relayé par d'autres, cf. Josephs et
al., 2006) qui montre la difficulté d'atteindre cet objectif
pour les atrophies focales non Alzheimer. 60 patients répondant
aux critères cliniques d'atrophie lobaire fronto-temporale
(Neary et al., 1998) ont été suivis prospectivement
pendant plusieurs années jusqu'au décès, avec
examen neuropathologique de leur cerveau. A la première visite,
32 patients étaient considérés comme atteints (sur
une base clinique) de démence frontale avec prédominance
des troubles du comportement( DF-C) ; 22 d'aphasie progressive (AP) ; 4
de syndrome de dégénérescence corticobasale
(apraxie gestuelle et syndrome parkinsonien asymétriques et
troubles cognitifs discrets d'allure frontale ; DCB) ; et 2 de
paralysie supranucléaire progressive (paralysie de la
verticalité du regard, avec syndrome parkinsonien axial,
chûtes, et syndrome démentiel frontal ; PSP). Le suivi et
l'examen pathologique révèlent deux faits qui doivent
nous rendre modestes quand à la pertinence de nos diagnostics
cliniques :
- Le premier est que les patients peuvent
avoir des phénotypes cliniques qui varient pendant
l'évolution de leur maladie. Par exemple un patient initialement
considéré comme atteint d'aphasie progressive pourra
être classé comme atteint de DF-C trois ans plus tard ; de
même un patient classé DF-C initialement pourra
très bien être classé cliniquement comme DCB
ensuite. Dans notre pratique, ceci veut dire que suivant le moment
auquel on voit le patient, le diagnostic clinique porté
peut-être différent ; ceci peut éventuellement
aussi expliquer les points de vue discordants entre cliniciens voyant
un même patient à des moments différents.
- Le deuxième fait est que les
tableaux cliniques recouvrent des entités neuropathologiques
très diverses : maladies des protéines tau (maladie de
Pick, DCB et PSP - au sens neuropathologique cette fois, et pas
clinique), anomalies de type maladies du motoneurone (inclusions tau et
synucléine négatives, ubiquitine positives, dont on sait
depuis 2006 qu'elle sont aussi TDP43 positives), anomalies
aspécifiques (atrophie, gliose, spongiose), et aussi de temps en
temps maladie de Creutzfeldt Jacob et même maladie d'Alzheimer.
Il est très difficile à partir de la clinique de
prédire la neuropathologie, même si l'AP correspond le
plus souvent à une maladie de tau, et la DF-C à des
inclusions type maladie du motoneurone (qu'il y ait ou non des signes
cliniques d'atteinte du motoneurone). Les lésions de type
Alzheimer sont plutôt l'exception, et se voient chez des patients
plus âgés.
Cette discussion peut éventuellement
paraître oiseuse et éloignée de la pratique du
gériatre, mais est en fait fondamentale pour la prise en charge
des patients et la compréhension de la physiopathologie de ces
affections. De plus, même si on s'adresse ici à des
patients plutôt jeunes (en moyenne 55 à 65 ans), on
pourrait avoir le même type de discussion après 80 ans
avec la maladie d'Alzheimer, la démence à corps de Lewy
et la démence vasculaire.
Références
:
- Kertesz A., McMonagle P., Blair M., Davdson
W., Munoz D.G. (2005). The evolution and pathology of frontotemporal
dementia. Brain 128, 1996-2005.
- Josephs K.A., Petersen R.C., Knopman D.S., et al. (2006).
Clinicopathologic analysis of frontotemporal and corticobasal
degenerations and PSP. Neurology 66, 41-48.
- Seelar H., Jurgen Schelhaas H., Azmani A. et al. (2007). TDP-43
pathology in familial forntotemporal dementia and motor neuron disease
without progranulin mutations. Brain 130, 1375-1385.
- Neary D., Snowden J.S., Gustafson L. et al. (1998). Frontotemporal
lobar degeneration: a consensus on clinical diagnostic criteria.
Neurology, 51, 1546-1554.
Infos APM MC Mouchet
SEMAINE
DU 04 AU 10 JUIN 2007
PARIS, 4 juin 2007 : Les infections
nosocomiales englobées dans une nouvelle définition des
infections associées aux soins
PARIS, 4 juin 2007 : La DGCCRF épingle les contrats des maisons
de retraite "très défavorables aux résidents et
à leurs familles"
PARIS, 5 juin 2007 : Une circulaire précise les modalités
de redéfinition des USLD
WASHINGTON, 7 juin 2007 : Identification d'un nouveau gène de
susceptibilité de la maladie d'Alzheimer de survenue tardive
WASHINGTON, 7 juin 2007 : Les antipsychotiques augmenteraient le risque
de décès chez les patients âgés
déments, confirme une étude
PARIS, 7 juin 2007 : Le SNCH veut mettre le cap sur le secteur social
et médico-social
Dans le Bulletin
officiel santé-protection sociale-solidarités du 15 mai
GERONTO/FILIERE : Circulaire
DHOS/02 n°2007-117 du 28 mars 2007 relative à la
filière de soins gériatriques, p.102-11
MEDICO-SOCIAL : Instruction DGAS/2A
n°2007-112 du 22 mars 2007 relative au développement de la
bientraitance et au renforcement de la politique de lutte contre la
maltraitance, p.146-151
Infos diverses E
Halvick
Livre
* Douleurs d'origine vertébrale. Comprendre, diagnostiquer et
traiter. Robert MAIGNE. Elsevier Masson, nov 2006, 454 p. http://france.elsevier.com
Thèse
* Contribution à la réflexion sur les guérisons
inexpliquées. L'exemple de la sclérose en plaques
à Lourdes. A propos d'une observation récente. Romuald
FARYS. Thèse de Médecine, Université Joseph
Fourier, Grenoble 1, mai 2007.
Visio
Grenoble - Annecy
Catherine BIOTEAU, Matthieu DEBRAY (Annecy), Alain FRANCO, Gaëtan
GAVAZZI, Hélène GSTALDER, Elisabeth HALVICK, Sylvie
MAZIERE, Armelle MEMIN, Claire MILLET, Bahman MOHEB (Annecy), Muriel
MONANGE, Claudine MONTANI, Lydie NICOLAS, Kamel OUZAID,
Frédéric PASQUIER, Nadège VOLCLER
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SUPPLEMENT DU PBGG
Mensuel
de Neuropsychologie
Pôle de
Neurologie-Psychiatrie du CHU de Grenoble
CMRR Grenoble Arc Alpin
Vol.1 n°20 - Juin 2007
REUNION BIBLIOGRAPHIQUE -
PAVILLON ELISEE CHATIN
Articles
commentés
* Neurology,
64, pp 2069-2073 (2006).
Cognitive differences
in dementia patients with autopsy-verified AD, Lewy Body pathology, or
both. M.L.Kraybill, BA ; E.B.Lardson, MD ; D.W.Tsuang, MSc, MD ; L.
Teri, PhD ; W.C. McCormick, MD ; J.DBowen, MD ; W.A.Kukull, PhD ;
J.B.Leverenz, MD ; and M.M. Cherrier, PhD.
Malgré
l'avancé des techniques en neuropathologie confirmant la
présence de corps de Lewy, la distinction entre une maladie
d'Alzheimer (MA), une démence à corps de Lewy (DCL) ou
une maladie d'Alzheimer avec corps de Lewy (MA/DCL) reste difficile.
Cette étude a donc pour objectif de comparer le profil
neuropsychologique de patients présentant chacune de ces
pathologies afin d'affiner le diagnostic différentiel.
135 sujets ont
participé à cette étude et ont été
catégorisés en 3 groupes diagnostiques différents.
Ces groupes diagnostiques sont établis à partir de
méthodes neuropathologiques et des critères NINCDS et
DSM-IIIR. La présence de corps de Lewy est
déterminée en utilisant l'immunohistochimie de
l'alpha-synucléine. Le 1er groupe est constitué de 48
patients avec une MA dont l'âge moyen est de 77.47 +/- 7.34 et le
MMSE de 20.60 +/- 3.87., le 2nd de 65 patients avec une DCL dont
l'âge moyen est de 76.45 +/- 5.34 et le MMSE de 20.73 +/- 3.81 et
le 3ème groupe de 22 patients avec une MA/DCL dont l'âge
moyen est de 74.77 +/- 6.59 et le MMSE de 20.68 +/- 3.72.
Les résultats
montrent que les patients avec une MA seule ou avec une MA/DCL
présentent des performances plus altérées que ceux
avec une DCL sur des tâches de mémoire (Fuld Object Memory
Delayed recall) et de dénomination (CERAD Naming). En revanche,
les patients avec une DCL sont plus déficitaires que ceux avec
une MA ou une MA/DCL sur des tests évaluant le fonctionnement
exécutif (TMTB) et l'attention (empan digital de la WAIS-R). Par
ailleurs, les patients avec une MA/DCL présentent un
déclin cognitif (évalué par le nombre de points
perdus par an aux scores du MMSE et du DRS) plus rapide qui serait en
partie expliquée par la présence de deux maladies
concomitantes. En revanche, les patients DCL ont un déclin
beaucoup plus lent à travers le temps.
En conclusion, cette
étude a l'avantage d'évaluer le profil neuropsychologique
de patients dont le diagnostic a été confirmé par
une autopsie. Elle permet de certifier l'existence de
différences neuropsychologiques entre les sous-types de
démence au moment du diagnostic qui ne sont pas en lien avec des
différences démographiques (âge et
éducation) ou de sévérité de la
démence puisque les scores au MMSE et CDR n'étaient pas
significativement différents entre les groupes.
Néanmoins, aucune différence concernant le profil
neuropsychologique des patients avec MA et avec MA/DCL n'est
retrouvée à partir des tests utilisés. (Commentaires Laetitia SCAVONE)
* Arch. Gerontol.
Geriatr., Suppl. 1 (2007) pp. 391-399.
Effectiveness of a
cognitive rehabilitation program in mild dementia and mild cognitive
impairment : a case control study. E. Talassi, M., Guerreschi, M.,
Feriani, V., Fedi, A., Bianchetti, M., Trabucchi.
L'intérêt
de compléter le traitement médicamenteux au cours de la
maladie d'Alzheimer par une prise en charge non médicamenteuse
est de plus en plus mis en avant. Cependant, une grande
variété de « méthodes » est
utilisée et il reste difficile de déterminer
l'efficacité de ce type de prise en charge notamment avec un
grand groupe de patients. Les auteurs choisissent içi de
comparer deux types d'intervention dans un groupe de 24 personnes avec
démence de différents types (dont 20 de maladie d'
Alzheimer) avec un MMS=20.8 +/-2.5 et dans un groupe de 30 personnes
ayant un déficit cognitif modéré ou MCI (selon les
critères de Petersen et al. 1997) avec en moyenne un MMS=27.5
+/-1.4. Chaque groupe est ensuite comparé à un goupe
contrôle : 7MCI et 5 patients ayant une maladie d'Alzheimer .
La première
prise en charge est cognitive et se compose à la fois
d'exercices sur ordinateur (computerized cognitive training), de
« thérapie occupationnelle » visant à
stimuler les patients via des exercices qui reproduisent les bases des
activités de la vie quotidienne et de « thérapie
comportementale » via des conversations afin
d'améliorer l'humeur.
La seconde est
motrice, avec en plus les thérapies occupationnelle et
comportementale nommées précédemment. Elle est
proposée aux groupes contrôles. Les séances durent
au total 45 minutes 4 jours par semaine pendant trois semaines. Un
bilan neuropsychologique (comprenant les tests suivants : MMS, rappel
du Rivermead Beahvioral test, empan endroit et envers, fluences, test
de l'horloge, rappel de la figure de Rey) ainsi que les IADL, ADL, la
GDS, un inventaire de traits d'anxiété, un test de
performances physiques, la NPI sont proposés avant et
après la prise en charge.
Après la prise
en charge cognitive, les MCI ont de meilleurs scores à la figure
de Rey (copie et rappel) et au test de performances physiques. De plus,
les symptômes de dépression et d'anxiété ont
diminué.
Le goupe de patients
ayant une démence montre une amélioration du MMS et une
réduction significative de l'anxiété et de la
dépression.
Après la prise
en charge aspécifique (motrice), les MCI ne voient pas leurs
performances s'améliorer. Dans le groupe de patients ayant une
démence, seul le score des fluences sémantiques est
meilleur.
Les auteurs concluent que
la prise en charge non médicamenteuse susceptible
d'améliorer des aspects cognitifs et thymiques est une prise en
charge de type cognitif incluant un programme informatique d'exercices.
Ce constat est
intéressant, on peut néanmoins regretter que les auteurs
n'aient pas pris un groupe de « déments »
homogène et plus généralement, que les
études sur le sujet ne s'orientent pas davantage vers des
méthodes plus écologiques utilisant des techniques
neuropsychologiques qui ont fait leurs preuves (vanishing cue, spaced
retrieval..) et qui pourraient davantage aider les patients dans leur
quotidien sur des apsects concrets (mémoire prospective...).
Cela nécessiterait des prises en charge individuelles et
méthodologiquement celà entraine de nombreuses
difficultés cependant cela paraît plus proche de la
réalité des demandes des patients surtout dans les
stades débutants (Commentaires,
Chrystèle MOSCA).
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