IGD N°42 : Accueil de jour

L'acte social à travers le ménage


Au cours des dernières décennies, l'espérance de vie n'a cessé d'augmenter.  Les âgés vivent aujourd'hui dans l'espoir de rester au domicile pour y vivre mais aussi pour y vieillir.

Dans la Société actuelle, bien peu de parents demeurent avec leurs enfants. Les conditions matérielles d'une cohabitation intergénérationnelle satisfaisante ne sont que très rarement réunies : les familles étant le plus souvent « confinées» dent des espaces de vie exigus.  L'aide à domicile s'inscrit dans une politique gérontologique en milieu ouvert qui se doit d'être stimulante, évolutive, partenariale.

Chez soi, mais pas un fardeau pour les siens

C'est un choix difficile que de vouloir vieillir chez soi dans l'incertitude du lendemain avec le spectre de la dépendance et surtout l'isolement.  Les personnes âgées redoutent par dessus tout de devenir une charge pour leurs enfants, et leur plus grand souhait est de pouvoir continuer à vivre dans un environnement qui leur est familier.

Le maintien de la personne aidée dans son cadre de vie constitue un véritable choix, mais aussi un challenge : il nécessite un suivi et une présence régulière de l'aidant qui sont les garants d'un accompagnement quotidien réussi. Au domicile de la personne, l'Aide accomplit les activités domestiques et administratives simples, mais peut être également amenée à effectuer la mise à jour des papiers et intervenir dans la gestion du budget pour aider las personnes les plus isolées.

Céder une partie de ses pouvoirs domestiques

Le domicile est un espace organisé, dans lequel se trouvent tous nos repères identitaires.  La personne âgée apprécie que l’on s’occupe de son intérieur  puisqu’elle n’est plus en capacité de le faire.  Elle se voit contrainte de céder une partie de ses pouvoirs domestiques. Il s’agit là de l’accomplissement d’un véritable renoncement pour les générations de femmes qui ont assuré le ménage et pour qui, céder la place, est considéré comme une perte.  La personne aidée va devoir déléguer ses pouvoirs.

La sphère intime que constitue le domicile est réservée à quelques privilégiés. Elle est le témoignage vivant et matériel de l’histoire de la personne aidée, et demeure le vecteur de fortes traditions sociales dont l’Aide à domicile devra tenir compte lors de l’accompagnement de la personne âgée. Le vécu de l’accompagnement renvoie au type de lien qui est susceptible de s’établit entre l’intervenant et le bénéficiaire.

La place d’un témoin privilégié

L'intervenant peut être conduit à occuper une place qui s'apparente à celle d'un psychologue.  Au domicile, il demeure un témoin privilégié, une présence attentive, et efficace, formé à la réalité physique et psychique du vieillissement.  Il doit également développer la qualité d'empathie qui consiste à comprendre les sentiments éprouvés par la personne âgée et suppose une écoute, une attention et une connaissance de l'autre qui permet de ne pas mêler son univers à celui de la personne aidée.

En cas de maladie ou de fatigue de la personne âgée, l'Aide à domicile va tenter de désamorcer l'angoisse et de lui redonner de la combativité et le désir de vivre.

La famille de la personne aidée perçoit l'Aide à domicile comme une sécurité. En effet, de multiples inquiétudes assaillent le parent aidé. Ces inquiétudes se matérialisent par des plaintes répétées qui en fait sont la traduction d'une détresse ou d'une angoisse. La plainte représente également pour la personne aidée un moyen de communiquer avec un entourage devenu moins réceptif. Par le biais d'une présence bienveillante et amicale, l'intervenant constitue un baume face à l'isolement.

Le maillon du lien social

L'Aide à domicile doit également prévenir le risque de rupture du lien social. Cela est d'autant plus vrai que bien souvent, l'entourage familial de la personne est restreint, voire inexistant.  Ce risque est d'autant plus important que la mobilité de la personne est réduite. L'intervenant qui arrive du dehors, représente souvent la seule possibilité pour le maintien du lien social. Il apporte les rumeurs de la ville. Il est le seul vecteur de l'actualité de proximité. Il relate les évènements qui alimentent la vie du quartier.

Dans le processus d'accompagnement, les familles doivent être partenaires.

Les solidarités familiales ne peuvent en aucun cas être comparés aux services professionnels, puisqu'elles relèvent du lien social, de l'échange du don et aussi de la dette symbolique.

La présence et l'effacement doivent être subtilement dosés. Dans le courant de la journée, «la bonne famille» doit aider sans s'imposer, mais s'effacer devant la compétence des professionnels.

L'Aide à domicile ne doit en aucune façon avoir une main mise  sur la cadre et le mode de vie familial. Il n'est d'ailleurs pas rare qu'elle soit amenée à assurer un rôle de médiateur et de régulateur entre la personne âgée et l'entourage familial, apaisant ainsi les nombreuses tensions qui ne manquent pas d’apparaître chez le parent âgé en perte d’autonomie qui perd le pouvoir qu'il exerçait au sein de la cellule familiale.


 

Edith FRALON
Déléguée à l'Action Sociale
Groupe MEDERIC

[ index du N° ] Retour [ Sommaire du N° ]Retour au Sommaire du N°
Page d'Accueil[ Page d'Accueil ] [ Liste des Articles ] [ Liste des N° ] Liste des N°

udiage.org est un service de lUDIAGE.
Pour tout commentaire webmestre@udiage.org
Copyright © UDIAGE 2001.