Au cours des dernières décennies,
l'espérance de vie n'a cessé d'augmenter. Les
âgés vivent aujourd'hui dans l'espoir de rester au
domicile pour y vivre mais aussi pour y vieillir.
Dans la Société actuelle, bien peu de
parents demeurent avec leurs enfants. Les conditions matérielles
d'une cohabitation intergénérationnelle satisfaisante ne
sont que très rarement réunies : les familles
étant le plus souvent « confinées» dent des
espaces de vie exigus. L'aide à domicile s'inscrit dans
une politique gérontologique en milieu ouvert qui se doit
d'être stimulante, évolutive, partenariale.
Chez soi, mais pas
un fardeau pour les siens
C'est un choix difficile que de vouloir vieillir
chez soi dans l'incertitude du lendemain avec le spectre de la
dépendance et surtout l'isolement. Les personnes
âgées redoutent par dessus tout de devenir une charge pour
leurs enfants, et leur plus grand souhait est de pouvoir continuer
à vivre dans un environnement qui leur est familier.
Le maintien de la personne aidée dans son
cadre de vie constitue un véritable choix, mais aussi un
challenge : il nécessite un suivi et une présence
régulière de l'aidant qui sont les garants d'un
accompagnement quotidien réussi. Au domicile de la personne,
l'Aide accomplit les activités domestiques et administratives
simples, mais peut être également amenée à
effectuer la mise à jour des papiers et intervenir dans la
gestion du budget pour aider las personnes les plus isolées.
Céder
une partie de ses pouvoirs domestiques
Le domicile est un espace organisé, dans
lequel se trouvent tous nos repères identitaires. La
personne âgée apprécie que l’on s’occupe de son
intérieur puisqu’elle n’est plus en capacité de le
faire. Elle se voit contrainte de céder une partie de ses
pouvoirs domestiques. Il s’agit là de l’accomplissement d’un
véritable renoncement pour les générations de
femmes qui ont assuré le ménage et pour qui, céder
la place, est considéré comme une perte. La
personne aidée va devoir déléguer ses pouvoirs.
La sphère intime que constitue le domicile
est réservée à quelques privilégiés.
Elle est le témoignage vivant et matériel de l’histoire
de la personne aidée, et demeure le vecteur de fortes traditions
sociales dont l’Aide à domicile devra tenir compte lors de
l’accompagnement de la personne âgée. Le vécu de
l’accompagnement renvoie au type de lien qui est susceptible de
s’établit entre l’intervenant et le bénéficiaire.
La
place d’un témoin privilégié
L'intervenant peut être conduit à
occuper une place qui s'apparente à celle d'un
psychologue. Au domicile, il demeure un témoin
privilégié, une présence attentive, et efficace,
formé à la réalité physique et psychique du
vieillissement. Il doit également développer la
qualité d'empathie qui consiste à comprendre les
sentiments éprouvés par la personne âgée et
suppose une écoute, une attention et une connaissance de l'autre
qui permet de ne pas mêler son univers à celui de la
personne aidée.
En cas de maladie ou de fatigue de la personne
âgée, l'Aide à domicile va tenter de
désamorcer l'angoisse et de lui redonner de la
combativité et le désir de vivre.
La famille de la personne aidée
perçoit l'Aide à domicile comme une
sécurité. En effet, de multiples inquiétudes
assaillent le parent aidé. Ces inquiétudes se
matérialisent par des plaintes répétées qui
en fait sont la traduction d'une détresse ou d'une angoisse. La
plainte représente également pour la personne
aidée un moyen de communiquer avec un entourage devenu moins
réceptif. Par le biais d'une présence bienveillante et
amicale, l'intervenant constitue un baume face à l'isolement.
Le
maillon du lien social
L'Aide à domicile doit également
prévenir le risque de rupture du lien social. Cela est d'autant
plus vrai que bien souvent, l'entourage familial de la personne est
restreint, voire inexistant. Ce risque est d'autant plus
important que la mobilité de la personne est réduite.
L'intervenant qui arrive du dehors, représente souvent la seule
possibilité pour le maintien du lien social. Il apporte les
rumeurs de la ville. Il est le seul vecteur de l'actualité de
proximité. Il relate les évènements qui alimentent
la vie du quartier.
Dans le processus d'accompagnement, les familles
doivent être partenaires.
Les solidarités familiales ne peuvent en
aucun cas être comparés aux services professionnels,
puisqu'elles relèvent du lien social, de l'échange du don
et aussi de la dette symbolique.
La présence et l'effacement doivent
être subtilement dosés. Dans le courant de la
journée, «la bonne famille» doit aider sans
s'imposer, mais s'effacer devant la compétence des
professionnels.
L'Aide à domicile ne doit en aucune
façon avoir une main mise sur la cadre et le mode de vie
familial. Il n'est d'ailleurs pas rare qu'elle soit amenée
à assurer un rôle de médiateur et de
régulateur entre la personne âgée et l'entourage
familial, apaisant ainsi les nombreuses tensions qui ne manquent pas
d’apparaître chez le parent âgé en perte d’autonomie
qui perd le pouvoir qu'il exerçait au sein de la cellule
familiale.
Edith FRALON
Déléguée à l'Action Sociale
Groupe MEDERIC