IGD N°44 : Bénévolat

Le poids économique
du bénévolat

Le travail bénévole est une considérable force mondiale d’initiative, de réflexion et de changement social diffusée par une armée d’homes et de femmes de bonne volonté dont on ne connaît pas les effectifs, faute de statistiques officielles.

Le travail rémunéré, en effet, est bien connu grâce aux enquêtes sur les forces de travail qui existent dans de très nombreux pays, parce qu’il contribue à la production au sens des comptes nationaux, au produit intérieur brut (PIN).

Mesurer le temps de travail bénévole

Le travail bénévole, en revanche, ne fait l’objet d’aucune enquête officielle régulière, sauf au Canada, parce qu’il ne contribue pas au PIB.

Donc, en France, il n’existe actuellement aucune mesure régulière par l’INSEE du temps de travail bénévole, qu’il soit exercé à l’intérieur des ménages, aboutissant à une production domestique, ou qu’il ait lieu dans un cadre associatif, contribuant ainsi à la production de l’organisation concernée.

Cependant, des travaux expérimentaux de mesure du travail bénévole ont été réalisés dans le cadre du programme Johns Hopkins, lancé en 1990.

Les objectifs de ce programme de recherche sont les suivants : améliorer la connaissance empirique du secteur sans but lucratif (mesurer le poids, la structure et le financement du secteur), identifier les facteurs (historiques, juridiques, politiques et sociaux) qui encourage ou retardent le développement du secteur sans but lucratif, évaluer l’impact que les associations et les fondations ont sur la société.

Dans le cadre de ces recherches, le travail bénévole est définit comme : « un travail non rémunéré, du temps passé à rendre service à divers groupes ou organisations en dehors de la famille et des amis ». Il est vrai, qu’attribuer une valeur monétaire à un don de temps peut sembler paradoxal, puisque la gratuité est consubstantielle au bénévolat.

Trois enquêtes successives ont été réalisées en France, en 1191, 1994 et 1997. Leurs résultats ont été extrapolés à l’ensemble de la population au-dessus de 18 ans.

La valeur du travail bénévole en France

Il aurait environ dix millions de bénévoles en France.

La durée moyenne du travail bénévole déclarée est de cinq heures par semaine, soit vingt-quatre heures par mois, avec une grande dispersion autour de cette moyenne.

Cette étude a démontré que le travail bénévole total représenterait l’équivalent de 1 100 000 équivalents temps plein, soit près de 5 % des emplois rémunérés en France et une force de travail équivalente à celle des salariés du secteur associatif.

La valorisation économique du bénévolat confirme le poids économique du travail gratuit : environ 200 milliards de francs (30,5 milliards d’euros). Si l’on ajoute le bénévolat valorisé, le poids économique du secteur associatif en 1995 passe de 290 milliards de francs (44,2 milliards d’euros) à près de 500 milliards de francs (76,2 milliards d’euros), soit plus de 40 % d’augmentation.

La prise en compte de la valeur économique du bénévolat dans les ressources du secteur associatif change également considérablement la structure de ces ressources.

En effet, si l’on ne tient compte que des ressources monétaires, le financement public est largement prédominant en France comme dans la plupart des pays européens. Si l’on ajoute aux ressources monétaires la valeur fictive du travail bénévole, les dons deviennent la ressource principale ; le don de temps est en effet neuf fois plus important que le don d’argent. Les ressources sont alors le double des ressources publiques.

Edith ARCHAMBAULT

Extrait « Le travail bénévole en France et en Europe »

Revue Française des Affaires Sociales, n° 4 - 2002



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