Le
travail
bénévole est une considérable force mondiale
d’initiative, de réflexion et de
changement social diffusée par une armée d’homes et de
femmes de bonne volonté
dont on ne connaît pas les effectifs, faute de statistiques
officielles.
Le travail
rémunéré, en effet, est bien connu grâce aux
enquêtes sur les forces de travail
qui existent dans de très nombreux pays, parce qu’il contribue
à la production
au sens des comptes nationaux, au produit intérieur brut (PIN).
Mesurer
le temps
de travail bénévole
Le
travail
bénévole, en revanche, ne fait l’objet d’aucune
enquête officielle régulière,
sauf au Canada, parce qu’il ne contribue pas au PIB.
Donc,
en France,
il n’existe actuellement aucune mesure régulière par
l’INSEE du temps de
travail bénévole, qu’il soit exercé à
l’intérieur des ménages, aboutissant à
une production domestique, ou qu’il ait lieu dans un cadre associatif,
contribuant ainsi à la production de l’organisation
concernée.
Cependant,
des
travaux expérimentaux de mesure du travail
bénévole ont été réalisés
dans le
cadre du programme Johns Hopkins, lancé en 1990.
Les
objectifs de
ce programme de recherche sont les suivants : améliorer la
connaissance
empirique du secteur sans but lucratif (mesurer le poids, la structure
et le
financement du secteur), identifier les facteurs (historiques,
juridiques,
politiques et sociaux) qui encourage ou retardent le
développement du secteur
sans but lucratif, évaluer l’impact que les associations et les
fondations ont
sur la société.
Dans
le cadre de
ces recherches, le travail bénévole est définit
comme : « un travail
non rémunéré, du temps passé à
rendre service à divers groupes ou organisations
en dehors de la famille et des amis ». Il est vrai,
qu’attribuer une
valeur monétaire à un don de temps peut sembler
paradoxal, puisque la gratuité
est consubstantielle au bénévolat.
Trois enquêtes
successives ont été réalisées en France, en
1191, 1994 et 1997. Leurs résultats
ont été extrapolés à l’ensemble de la
population au-dessus de 18 ans.
La
valeur du
travail bénévole en France
Il
aurait
environ dix millions de bénévoles en France.
La
durée moyenne
du travail bénévole déclarée est de cinq
heures par semaine, soit vingt-quatre
heures par mois, avec une grande dispersion autour de cette moyenne.
Cette
étude a
démontré que le travail bénévole total
représenterait l’équivalent de
1 100 000 équivalents temps plein, soit
près de 5 % des emplois
rémunérés en France et une force de travail
équivalente à celle des salariés du
secteur associatif.
La
valorisation
économique du bénévolat confirme le poids
économique du travail gratuit :
environ 200 milliards de francs (30,5 milliards d’euros). Si l’on
ajoute le
bénévolat valorisé, le poids économique du
secteur associatif en 1995 passe de
290 milliards de francs (44,2 milliards d’euros) à près
de 500 milliards
de francs (76,2 milliards d’euros), soit plus de 40 % d’augmentation.
La
prise en
compte de la valeur économique du bénévolat dans
les ressources du secteur
associatif change également considérablement la structure
de ces ressources.
En effet, si l’on ne tient compte que des
ressources monétaires, le
financement public est largement prédominant en France comme
dans la plupart
des pays européens. Si l’on ajoute aux ressources
monétaires la valeur fictive
du travail bénévole, les dons deviennent la ressource
principale ; le don
de temps est en effet neuf fois plus important que le don d’argent. Les
ressources sont alors le double des ressources publiques.
Edith
ARCHAMBAULT
Extrait
« Le
travail bénévole en France et en Europe »
Revue
Française des
Affaires Sociales, n° 4 - 2002