IGD : L'isolement

Le sentiment de solitude et la notion d’utilité sociale

Mourir, la belle affaire, mais vieillir...oh vieillir... " disait Brel.

Nous voudrions tous bien vieillir, en assez bonne santé, entouré de ceux qu'on aime, juste un peu au ralenti, parce que le corps est fatigué. Pour beaucoup, heureusement, cela est vrai, plus ou moins, bien sûr. Mais pour certains, pour trop, beaucoup trop, la vieillesse n'est déjà plus synonyme de vraie vie. C'est plutôt une petite mort annoncée, insidieusement, chaque jour un peu plus.

Avec ces questions qui reviennent sans cesse :

-“comment tuer ce temps qui me tue à petit feu ?
- à quoi je sers ?
- à qui je sers ?”

Quand on est seul, qu'on ne l'a pas choisi et que cette solitude devient une véritable souffrance, c'est bien cette question d'utilité qui se pose ? Vivre pour qui, pour quoi ? Est-ce que je compte encore pour quelqu'un ?

Certains se retrouvent sans famille, d'autres souffrent de ne pas la voir assez souvent, assez longtemps, les amis disparaissent les uns après les autres, on n'a plus envie de sortir : pour faire quoi ? pour aller où ? Ou alors c'est pour un enterrement.

En ville, dans les grands ensembles, les voisins se succèdent à un rythme trop rapide pour laisser le temps de créer quelques liens, d'autant plus que la plupart des occupants partent le matin, rentrent le soir, repartent pour le week-end, peut-être pour rendre visite à une mère, un père, une grand-mère qui habite loin…

On se croise rarement, rapidement, on échange un :

-"bonjour, comment allez-vous ? "
et on s'entend répondre :
-“ça va, comme un vieux ou comme une vieille !"

On devrait dire plutôt " Bien sûr que ça ne va pas, puisque je suis vieux, puisque je suis vieille, puisque que je n'ai plus de place dans cette société qui va trop vite pour moi. Je n'ai même plus le temps de traverser la rue pendant que le feu est vert et je me fais klaxonner, voire frôler par des voitures qui repartent en trombe. Alors, j'hésite de plus en plus à sortir toute seule. Je mets du temps à trouver ma monnaie au supermarché ou chez la boulangère et je vois bien que j'agace ceux qui voudraient que j'aille faire mes courses quand il n'y a personne, pour ne gêner personne.

Mais moi, j'ai besoin de voir du monde, ça me donne l'illusion que je fais encore partie de cette société. Sinon, c'est trop triste, trop mort et j'ai l'impression de ne plus exister. Même les commerçants de mon quartier qui me connaissent et qui sont pourtant très gentils, je sens bien que je leur fait perdre leur temps.

Si je suis malade et que j'en fais la demande, si je suis dépendante comme ils disent, j'ai droit à des aides pour mon ménage, mes repas, mes courses, ma toilette. Cela me rend heureuse et malheureuse à la fois car ce que j'aurais voulu, c'est pouvoir continuer à faire tout cela toute seule, ou alors avec quelqu'un qui m'aide, à mon rythme. Mais bien souvent, on fait à ma place, c'est pratique j'en conviens et même très gentil, mais je sais bien que c'est surtout pour aller plus vite.

Moi, je préfèrerais qu'on perde du temps, qu'on remplisse ce temps dont je ne sais plus quoi faire, avec tout ce qui faisait ma vie avant : m'occuper de moi, de ma maison, faire mes commissions, aller à la rencontre des autres, vivre, quoi.

Si je me plains que je m'ennuie, on me propose d'aller au club ou dans une résidence mais là bas, je ne connais personne. Avoir le même âge ne suffit pas pour devenir ami. Les personnes dont je fais la connaissance maintenant ne pourront jamais remplacer mes vrais amis ou ma famille.

Ceux qui viennent pour m'aider dans mon quotidien me disent que je ne suis pas seule, qu'ils sont là, que je peux compter sur eux, mais moi je me sens seule. Qui me téléphone ou vient me voir comme ça, juste pour le plaisir ? Le plaisir de quoi, d'ailleurs ? Je ne dois pas être

bien intéressante, je n'ai rien à raconter de neuf, que du vieux ! Et puis les visites, ça me fatigue, je n'ai plus l'habitude de soutenir une conversation. Je ne peux plus recevoir comme j'aimais, j'ai honte de mon apparence, de l'aspect de mon appartement qui n'est plus rangé comme j'avais l'habitude.

Alors, j'allume la télé, même en dehors des émissions qui me plaisent. Ça me fait une compagnie, un peu de bruit, un peu de mouvement. Ou alors, je parle toute seule, parce que le silence me fait peur.

Avant, j'étais institutrice, médecin ou commerçant, j'étais reconnue, j'avais une place, un statut, un rôle social. Aujourd'hui, je ne suis qu'une inactive. Même si je reçois beaucoup (des services, des soins et je me rends compte qu'elles ont bien du mérite toutes ces personnes qui s'occupent de moi) je ne donne rien en retour. On ne me sollicite jamais, comme si, parce que je suis vieille, je n'avais plus aucun talent, plus rien à transmettre. Je ne sers à rien. Personne n'a plus besoin de moi ".

La canicule de l'été dernier a bien montré que les relations avec les autres sont un gage de survie en cas de crise. Si je compte pour quelqu'un, ce " quelqu'un " quel qu'il soit (famille, voisins,…) s'inquiètera pour  moi, aura le souci de prendre soin de moi.

Quand on est seul, chaque jour peut être un jour de crise. Quelle que soit la saison et la température, chaque personne a besoin de se sentir reliée aux autres pour continuer à exister pleinement et dignement, même avec des moyens diminués.

La grande cause nationale 2004 s'appuie sur " l'appel à la fraternité " C'est peut-être l'occasion de changer nos comportements sociaux, notamment vers ceux qui sont les plus isolés.


Géraldine FAILLET
Les petits frères des Pauvres
Tél. : 04 76 96 13 56
Ecoute-amitié :
n° azur : 0810 47 47 88


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