La vieillesse n'est pas
une maladie mais une évolution normale de la vie. Au cours dune
vie, de plus en plus longue, des évènements
médicaux peuvent s’additionner et entraîner des
incapacités, des handicaps ou simplement un épuisement
physique.
Soigner une personne âgée n'est pas soigner un malade mais
prendre soin d'une personne en l'accompagnant jusqu'au bout de la vie.
Actuellement quand on parle de soin on pense médicalisation de
la vieillesse.
Soigner
ou traiter :
Le mot soigner recouvre plusieurs significations différentes.
Son sens ne cesse d'évoluer. Actuellement soigner est avant tout
synonyme de traiter :
- dans les expressions courantes, on dit « j'ai mal à la
gorge et je me soigne en prenant des antibiotiques » ;
- quand je rencontre une famille pour parler des besoins en soin de son
parent, elle me dit: «mais ma mère n’a pas besoin de soins
! », même s’il s’agit d’une personne âgée qui
ne se déplace plus, ne mange plus seule et est atteinte d'une
maladie d'Alzeimer.
Pourquoi soigner un être humain signifie t-il plus guérir
que prendre soin ?
Qu’est-ce
que soigner aujourd'hui
Soigner au sens de traiter recouvre l'ensemble des
soins médico-techniques visant à prévenir,
dépister ou traiter une pathologie. Ces soins sont
centrés sur un dysfonctionnement qui doit être, dans la
mesure du possible réparé.
Soigner au sens de « prendre soin » relève de
l'attention portée à une personne vivant une situation
particulière en vue de lui venir en aide et de contribuer
à son bien-être. L'expression courante « Prendre
soin de soi » ou « faire avec soin un travail »
souligne bien cette attention particulière que l'on va porter
à soi-même ou à une tâche que l'on accomplit.
Dans le soin, ce surplus d'attention ne se réduit pas à
une relation humaine, certes indispensable, que l'on rajouterait
à une technique. Mais dans cette approche, le soignant se
confronte et prend en compte l'inépuisable richesse et
complexité d'un être humain qui vit une situation
singulière. Les interventions de soins sont à penser,
créer, inventer en lien avec chaque personne soignée.
Prendre soin est centré sur un sujet et sur la vie ; la vie est
faite de plaisir de désirs, de projets, de risques, de joies, de
peines... Les actes de soin ont pour finalité d'entretenir la
vie et de fournir les conditions favorables à son
développement. Centrés sur ce qui va bien, les soins
cherchent à compenser les atteintes liées à la
maladie ou au handicap en mobilisant les forces vives de la personne.
Quelle
complémentarité entre soigner et traiter ?
La confusion actuelle entre traiter et soigner, a des
conséquences pour les soignants, pour les usagers des soins mais
aussi pour les choix des politiques de santé. Il existe bien une
différence entre prendre soin et traiter et tous deux sont
indispensables à la vie et complémentaires. Le champ des
soins peut être envahi par les soins curatifs et l'utilisation
d'outils et de techniques au point que finalement, soigner à
pour objectif essentiel de guérir. Ainsi il n'est pas
étonnant que soient parfois rejetés les patients dont
l'état de santé exige des soins et pas des traitements.
Quand le curatif prend le pas sur le prendre soin, la maladie envahit
la personne soignée au point que parfois, le seul moyen
d'être entendu par les professionnels étant le
symptôme, elle peut devenir une façon d'être au
monde et d'exister.
La solution à un problème de santé n'est pas
toujours à chercher du coté de la médecine. Nous
avons souvent tendance à hyper-médicaliser les
problèmes de santé alors que dans bien des cas, les
personnes soignées peuvent avec les soignants, trouver ensemble
d'autres solutions que le « remède ».
Toute cette dimension préventive du soin est très peu
valorisée actuellement. Elle n'est pas prise en compte dans
l'analyse des besoins et l'attribution des moyens par nos tutelles.
Pourtant ce travail de prévention effectué par un
personnel compétent et en nombre suffisant, permettrait
certainement une économie en coûts d'hospitalisations et
de médicaments pour la Sécurité Sociale. Non
reconnu, ce travail semble plus relever de la bonne conscience ou de la
bonne volonté du personnel que d’une réelle
compétence attendue par la société.
Un autre facteur influence la nature et le sens des soins, il s'agit de
notre représentation de la personne âgée.
Il n'y a pas de soin sans que celui-ci ait été
pensé et réfléchi en fonction de la personne
à qui il s'adresse. Or on constate que l'image, la
représentation que nous avons des personnes que l'on soigne est
déterminante dans la manière de les soigner.
Pour que la personne âgée reste sujet, auteur et acteur de
sa vie, le soignant doit accepter de soigner dans la
non-toute-puissance et mettre son savoir professionnel au même
niveau que le savoir de vie et d’expérience de la personne. Il
n'est pas toujours facile pour un soignant d’entendre une personne
âgée revendiquer une autonomie et une liberté de
choix donc de risques qui ébranlent certains apprentissages et
certaines certitudes.
Le soin doit s’inscrire dans un partenariat qui a pour base le respect.
Rendre à la personne âgée, quel que soit son
état de santé physique et psychique, la
responsabilité de ses choix de vie, c'est lui permettre de
continuer à vieillir et mourir en accord avec ses valeurs.
Le
soin est indissociable de la relation
L’écoute et la parole permettent de resituer la personne
âgée dans son histoire mais aussi de repérer ce
qu'elle vit. La prise en compte de la parole des gens âgés
n'est possible que si elle ne vient pas menacer le soignant dans ses
propres ressentis et affects. Une condition du soin est donc que le
soignant soit formé à l'écoute, à la
relation et que lui-même soit soutenu et aidé dans la
recherche de cette juste distance professionnelle, ni trop près,
ni trop loin.
Tout être humain soignant ou pas qui se trouve
confronté à la souffrance physique ou psychique de la fin
de la vie, est forcément renvoyé à sa propre
angoisse.
Soigner une personne âgée implique
d’accepter une confrontation à la mort et oblige le soignant
à penser avec la personne soignée ce qui peut lui
permettre de vivre l’espace temps qui reste, tout en lui permettant de
continuer à avancer jusqu'au bout du chemin qui est le sien.
Dans cet espace, c’est bien la question du sens de la vie et de la
mort, et donc du sens de nos actes qui est posée et pas
seulement dans les derniers instants de la vie.
Tout ce qui précède nous invite à penser qu’il est
impossible de soigner seul une personne âgée. Soigner est
un travail d’équipe, ce qui implique de se rencontrer,
d’échanger sur ce que l’on fait, pourquoi, et de situer les
actions de chacun dans un projet de soins individualisé,
cohérent avec le projet de vie de la personne âgée.
Soigner
est aussi accompagner les familles et les proches
La place des familles est avant tout dans la
présence et l’affection qu’elles apportent à leurs
parents. Déjà confrontées au vieillissement,
à l’angoisse de mort, bien souvent également aux troubles
de mémoire et de comportement de leurs parents, ces familles
sont en souffrance et ont besoin de trouver un soutien.
Favoriser les liens avec l’entourage sans que ces relations
privilégiées soient perturbées par le besoin
d’aide fait partie du soin. Ce travail d’écoute et
d’accompagnement des proches prévient l’épuisement qui
conduit parfois au rejet et à la maltraitance. Par ailleurs, il
est important que les familles soient de partenaires associés et
informés des choix des professionnels.
Les
personnes âgées ont droit à des soins de
qualité
Aussi je voudrai manifester mon inquiétude face à la
dé-professionnalisation des soins qui met en difficulté
des auxiliaires de vie encore trop souvent non formées, non
encadrées, et très isolées, des familles qui
s’épuisent, et au bout du compte des personnes
âgées qui sont parfois en danger.
Les conditions nécessaires à une qualité du soin
sont :
- Un personnel en nombre suffisant, formé en
formation initiale et continue. Il y a urgence à former les
auxiliaires de vie intervenant à domicile.
- Une coordination des différents intervenants
autour de la personne âgée
- Un encadrement, en particulier par des
infirmières, pour évaluer les besoins, analyser les
situations, établir programmes et projets de soins, à
partir de la personne soignée. Tout acte de soins est à
penser en fonction de la personne à qui elle s’adresse. Les
infirmières ont les compétences pour évaluer,
encadrer et soutenir les aides soignants ou auxiliaires de vie qui
interviennent à domicile.
- Un soutien psychologique pour les professionnels
- Une reconnaissance du travail de ces professionnels.
Le soin auprès de personnes âgées en fin de vie et
complexe et fait appel, contrairement à une idée
reçue, à de très grandes compétences
professionnelles. Ces soignants ont parfois l’impression de nager
à contre-courant, des valeurs sociales actuelles et de porter
bien seuls et avec des moyens souvent très insuffisants une
responsabilité très lourde.
Aussi chaque fois que l’on a une vision simplificatrice et
réductrice du soin, c’est un peu leur travail que l’on
dévalorise, mais c’est aussi une image réductrice de
l’être humain qui vit la dernière étape de sa vie
que l’on véhicule.
Régime BRIFFAUD
Infirmière
L'HOTEL DIEU DE LA BAJATIERE
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