IGD N°40 : De la plainte à l'écoute

Les personnes en situation de handicap vieillissent...
elles aussi !


Depuis le début des années 1985, la question du vieillissement des personnes en situation de handicap est amenée en débat public comme un mouvement inéluctable. Une partie de ces personnes majeures sont accueillies dans des institutions qui proposent différents types d’habitats (collectif, individuel autour d’un collectif, individuel disséminé dans les quartiers…). Pour les individus qui le peuvent, les Etablissements et Services d’Aide par le Travail (E.S.A.T) leurs permettent une activité rémunérée en journée et les foyers prennent le relais pour l’hébergement les soirs, nuits et week-ends.

Ils arrivent maintenant à un certain âge où, comme tout un chacun, ils peuvent prétendre à une retraite ou bien, les bornes administratives leur rappellent, à certains, leur âge….

60 ans pour les personnes en situation de handicap sonne parfois comme une forme de glas, même si ce chiffre n’a peut-être plus rien de pertinent à ce jour mis à part justifier une catégorisation d’allocataire.

A cet âge s’annonce un changement de statut (la personne en situation de handicap se transforme en personne âgée tout court), qui engage une modification de référence de l’aide financière et nécessite la recherche d’un nouveau mode d’hébergement si la personne en situation de handicap exerçait en E.S.A.T. et demeurait en foyer institutionnel.
En effet, l’alternative de vivre en foyer d’hébergement (plutôt qu’avec ses parents, avec sa fratrie…) est couplée à l’E.S.A.T. Mais au moment du départ du lieu d’activité, les foyers d’hébergement ne peuvent poursuivre leur offre d’accueil et d’aide. Aussi, celui ou celle qui quitte l’E.S.A.T se retrouve sans domicile personnel. Quel autre salarié se retrouve en quittant son emploi dans cette situation : ne plus avoir l’appartement, la maison, le chez soi dans lequel on vit ?

Aussi à l’avenir, il serait opportun d’offrir le choix aux personnes en situation de handicap de quitter ou non l’espace d’hébergement dans lequel elles ont vécu longtemps, quand elles ne peuvent plus exercer en E.S.A.T.

En l’attente que chaque personne puisse élaborer avec l’aide de professionnels qualifiés un projet de vie adapté à sa problématique (et non des projets de vie stéréotypés renforçant une classification préétablie), il apparaît nécessaire de rendre accessible à chaque individu et son entourage, une information actualisée et traduite, lui permettant d’anticiper sur sa situation.
Cette information (administrative, financière…) lui permettrait alors de se préparer à certains changements obligatoires ou nécessaires à sa problématique.

Dans le cas de passages, d’un établissement à un autre, d’une famille à une institution, d’un foyer à une famille ou famille d’accueil … il apparaît nécessaire que des liens entre ces espaces puissent être assurés au mieux. Ainsi suivant les situations, nous pouvons imaginer qu’un document écrit dans lequel seraient consignés l’histoire de la personne, ses habitudes de vie, ses fragilités et ses compétences, pourrait être transmis aux nouvelles personnes accueillantes, dans la mesure où la personne en situation de handicap ne pourrait transmettre ces éléments.

Ce lien entre ces espaces est aussi pour certaines personnes la possibilité de réaliser un stage dans les potentiels nouveaux lieux d’accueil de manière à permettre une reconnaissance qui favoriserait une prise de décision en toute connaissance de cause.

Enfin, nous insistons sur l’importance d’un troisième point, celui de la mise en place d’un garant qualifié et reconnu, engagé dans la mise en œuvre du projet de vie de la personne en situation de handicap quand celle-ci ne peut l’assumer seule.

Les lois 2002 et de février 2005 viennent réaffirmer la place de l’individu dans la question de sa prise en charge. Mais au-delà d’une intention tout à fait reconnue par tous comme louable, sa mise en application interroge à ce jour beaucoup de partenaires concernés par la situation des personnes en situation de handicap dont le vieillissement est d’une actualité confirmée.

Les systèmes pensés et à mettre en œuvre se doivent d’intégrer la donnée du vieillissement dont on sait aujourd’hui que la manière de vieillir des personnes en situation de handicap sera superposable à celle de la population ordinaire (excepté pour certaines pathologies repérées depuis), de même que le vieillissement ne peut être qualifié de précoce pour la majorité des cas.

La question actuelle est de savoir si la société est prête à financer à une hauteur nécessaire et suffisante la mise en œuvre de l’aide aux personnes en situation de handicap et âgées, qu’elles aient été handicapées avant ou après un certain âge ou un âge certain.

Monique BOCHIROL
Formatrice, responsable de la filière Aide Médico-Psychologique

Florence HERMOUET
Chef de service éducatif


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