|
Depuis le début des années 1985, la question du
vieillissement des personnes en situation de handicap est amenée
en débat public comme un mouvement inéluctable. Une
partie de ces personnes majeures sont accueillies dans des institutions
qui proposent différents types d’habitats (collectif, individuel
autour d’un collectif, individuel disséminé dans les
quartiers…). Pour les individus qui le peuvent, les Etablissements et
Services d’Aide par le Travail (E.S.A.T) leurs permettent une
activité rémunérée en journée et les
foyers prennent le relais pour l’hébergement les soirs, nuits et
week-ends.
Ils arrivent maintenant à un certain âge
où, comme tout un chacun, ils peuvent prétendre à
une retraite ou bien, les bornes administratives leur rappellent,
à certains, leur âge….
60 ans pour les personnes en situation de handicap sonne
parfois comme une forme de glas, même si ce chiffre n’a
peut-être plus rien de pertinent à ce jour mis à
part justifier une catégorisation d’allocataire.
A cet âge s’annonce un changement de statut (la
personne en situation de handicap se transforme en personne
âgée tout court), qui engage une modification de
référence de l’aide financière et nécessite
la recherche d’un nouveau mode d’hébergement si la personne en
situation de handicap exerçait en E.S.A.T. et demeurait en foyer
institutionnel.
En effet, l’alternative de vivre en foyer d’hébergement
(plutôt qu’avec ses parents, avec sa fratrie…) est couplée
à l’E.S.A.T. Mais au moment du départ du lieu
d’activité, les foyers d’hébergement ne peuvent
poursuivre leur offre d’accueil et d’aide. Aussi, celui ou celle qui
quitte l’E.S.A.T se retrouve sans domicile personnel. Quel autre
salarié se retrouve en quittant son emploi dans cette situation
: ne plus avoir l’appartement, la maison, le chez soi dans lequel on
vit ?
Aussi à l’avenir, il serait opportun d’offrir le
choix aux personnes en situation de handicap de quitter ou non l’espace
d’hébergement dans lequel elles ont vécu longtemps, quand
elles ne peuvent plus exercer en E.S.A.T.
En l’attente que chaque personne puisse élaborer avec l’aide de
professionnels qualifiés un projet de vie adapté à
sa problématique (et non des projets de vie
stéréotypés renforçant une classification
préétablie), il apparaît nécessaire de
rendre accessible à chaque individu et son entourage, une
information actualisée et traduite, lui permettant d’anticiper
sur sa situation.
Cette information (administrative, financière…) lui permettrait
alors de se préparer à certains changements obligatoires
ou nécessaires à sa problématique.
Dans le cas de passages, d’un établissement
à un autre, d’une famille à une institution, d’un foyer
à une famille ou famille d’accueil … il apparaît
nécessaire que des liens entre ces espaces puissent être
assurés au mieux. Ainsi suivant les situations, nous pouvons
imaginer qu’un document écrit dans lequel seraient
consignés l’histoire de la personne, ses habitudes de vie, ses
fragilités et ses compétences, pourrait être
transmis aux nouvelles personnes accueillantes, dans la mesure
où la personne en situation de handicap ne pourrait transmettre
ces éléments.
Ce lien entre ces espaces est aussi pour certaines
personnes la possibilité de réaliser un stage dans les
potentiels nouveaux lieux d’accueil de manière à
permettre une reconnaissance qui favoriserait une prise de
décision en toute connaissance de cause.
Enfin, nous insistons sur l’importance d’un
troisième point, celui de la mise en place d’un garant
qualifié et reconnu, engagé dans la mise en œuvre du
projet de vie de la personne en situation de handicap quand celle-ci ne
peut l’assumer seule.
Les lois 2002 et de février 2005 viennent
réaffirmer la place de l’individu dans la question de sa prise
en charge. Mais au-delà d’une intention tout à fait
reconnue par tous comme louable, sa mise en application interroge
à ce jour beaucoup de partenaires concernés par la
situation des personnes en situation de handicap dont le vieillissement
est d’une actualité confirmée.
Les systèmes pensés et à mettre en
œuvre se doivent d’intégrer la donnée du vieillissement
dont on sait aujourd’hui que la manière de vieillir des
personnes en situation de handicap sera superposable à celle de
la population ordinaire (excepté pour certaines pathologies
repérées depuis), de même que le vieillissement ne
peut être qualifié de précoce pour la
majorité des cas.
La question actuelle est de savoir si la
société est prête à financer à une
hauteur nécessaire et suffisante la mise en œuvre de l’aide aux
personnes en situation de handicap et âgées, qu’elles
aient été handicapées avant ou après un
certain âge ou un âge certain.
Monique BOCHIROL
Formatrice, responsable de la filière Aide
Médico-Psychologique
Florence HERMOUET
Chef de service éducatif
|