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J’ai pris ma retraite à 65
ans ; j’étais consciente
d’arriver à une nouvelle étape, « la
dernière » pensai-je. Je me
trompais, c’était l’avant-dernière…
Mobilisée par des activités associatives
qui me prenaient beaucoup de temps, j’étais restée en
contact avec des salariés
et des bénévoles bien plus jeunes que moi et,
soulagée par des horaires moins
contraignants, je n’avais en aucune façon l’impression d’avoir
été marginalisée
par rapport à la vie de la société.
J’habitais seule en appartement
à Gières où un
Foyer-Logement avait été ouvert en 1978. Je traversais
souvent le parc qui
l’entourait et voyais les résidents assis au soleil ou se
promenant : ils
me semblaient vieux et j’avais pour eux une pensée amicale et un
peu
condescendante… Je ne me sentais pas des leurs.
La vieillesse, ça vient
insidieusement, sans crier
gare : un jour, on ne peut plus lever le bras pour saisir un objet
haut
placé ou se mettre à genoux pour soigner une plante. Le
rapport avec un corps
de moins en moins docile, de plus en plus fatigable, se modifie.
J’appris à
observer ses réactions, à en tenir compte, à
m’organiser en conséquence, quels
que puissent être les avis qui m’étaient donnés par
mon entourage, aussi bien
« pour que je me secoue » et continue à
être active ou, au contraire,
pour que « je me retire et me repose ». Parce que
la dernière étape
qui s’annonce, qu’inéluctablement mon corps entame, ce n’est ni
ma famille, ni
mon médecin qui vont la vivre, c’est moi seule. C’est à
moi de la pressentir,
de m’y préparer, de l’accepter, d’accueillir l’ombre de la mort
qui se dessine
à l’horizon de tout vieillard. C’est une épreuve
difficile que les discours
toujours lénifiants faits autour des 3è, 4è
âges n’aident pas à affronter.
Il faut sans doute avoir le courage de
se dire un
jour : « Ça y est ; je suis vieille,
demain, je le serai encore
un peu plus. » C’est à moi à m’organiser en
conséquence. Pourquoi obliger
mes enfants à prendre eux-mêmes les décisions
indispensables en vue de ma
sécurité et de mon confort, parce que j’aurais
refusé d’envisager en temps
voulu mon propre avenir ?
J’ai donc visité la
Résidence de ma commune : elle m’a
plu. Contrairement aux Maisons de retraite médicalisées,
conçues pour recevoir
des personnes dépendantes, les Foyers-Logement sont
prévus pour des personnes
valides (GIR 6 et 5). Dans des petits logements locatifs individuels,
elles
peuvent vivre d’une façon tout à fait
indépendantes si elles le désirent, faire
leur cuisine ou bien manger à la salle à manger commune
à midi, inviter leurs
amis, en un mot « vivre leur vie », à leur
rythme, en adaptant
celui-ci à leurs capacités physiques. Elles
bénéficient d’une assistance 24 heures
sur 24. Elles appartiennent à une petite collectivité
où elles peuvent à leur
gré prendre leur place et participer aux animations communes,
protégées ainsi
d’une solitude qui angoisse beaucoup de personnes âgées.
C’est donc en pleine connaissance de
cause que je me suis
inscrite. J’y vis depuis sept ans et je n’ai jamais regretté mon
choix ;
mes enfants l’ont d’autant plus approuvé que, ne vivant pas dans
l’Isère, ils
me savent sous bonne garde ! C’est la solution que j’ai choisie.
Il y en a
d’autres : à chacun de mesurer leurs avantages et leurs
inconvénients.
L’essentiel me semble
consister en une prise de décision de la personne
âgée
elle-même, faite à une période où elle est
encore assez bien pour s’adapter à
des conditions nouvelles, consciente que les années qui viennent
rendront plus
difficiles les choix, les déménagements et les
changements dans leur vie
quotidienne.
Certes, voir vieillir et mourir autour
de moi des personnes
de ma génération, est une épreuve traumatisante.
Mais toutes les personnes
âgées y sont confrontées et ici nous le vivons dans
la solidarité. C’est aussi
une leçon : « Chaque année, moi aussi je
vieillis. » C’est la
loi de la vie à laquelle on ne peut se soustraire. L’accepter au
contraire, se
convaincre de laisser la place à ceux auxquels nous avons
donné naissance,
c’est peut-être le bon chemin pour trouver la paix et la
sérénité nécessaires
et ainsi laisser de soi un souvenir paisible et serein.
Yvonne JOHANNOT
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