L'isolement n'est
pas la solitude, nous le savons tous aujourd'hui. Chacun peut un jour
ou l'autre se sentir seul bien qu'entouré ou ne pas se sentir
seul bien qu'isolé. L'isolement a des raisons d'être :
physiques, géographiques, sociales contre lesquelles nous
pouvons lutter si elles nous empêchent de vivre en nous
rapprochant des services, des personnes qui comptent pour nous. Nos
actions peuvent les combattre par l'aménagement de l'espace, le
développement des transports… La pose d'un ascenseur, un
déménagement peuvent ouvrir bien des portes… une visite
venir rompre l'isolement lorsqu'il est subi…
La solitude n'a pas cette réalité physique. Elle est un
sentiment, une expérience, intimement liée à notre
condition humaine. Parce que nous sommes uniques, différents de
tout autre, même dans nos rêves d'amour les plus fous nous
ne pouvons espérer être entièrement compris, faire
corps avec l'autre au point de n'être plus nous-mêmes. Nous
vivons, nous subissons la solitude mais nous savons aussi à quel
point elle nous est nécessaire pour nous construire et nous
retrouver.
Les plus âgés connaissent bien cet incontournable qu'est
la solitude de l'être humain. Tous l'ont vécu plus ou
moins douloureusement, la souhaitant ou la redoutant. Ils ont
passé de longs moments à se souvenir, à penser ;
ont perdu des êtres chers, ont souffert de l'absence de ceux
qu'ils ont aimés et font parties d'eux-mêmes.
Mais tous n'ont pas
connu l'isolement ou ne l'ont pas vécu de la même
manière. On peut être isolé en ville, loin de
l'épicerie ou du car, loin de ses enfants ou du médecin
et vouloir malgré tout rester dans ce lieu qui vous a vu vivre
et vieillir.
L'isolement des plus âgés peut inquiéter la
famille, les professionnels, les élus… les voisins les plus
proches, sans tourmenter les premiers intéressés. Les
personnes que nous avons rencontrées dans le cadre des Etats
Généraux de la Gérontologie, isolées
à la campagne, ne s'en plaignent pas toujours. Toutes, loin de
là, ne connaissent pas ce sentiment d'insécurité
si répandu chez nos contemporains. Elles font confiance à
la vie malgré les difficultés quotidiennes auxquelles
elles doivent faire face, espèrent des améliorations
à leur vie pour rester chez elles quoi qu'il arrive !
D'autres ont au contraire anticipé ces difficultés, se
sont rapprochées de leurs enfants, ont cédé
à leur douce pression, sont venues en ville pour pouvoir prendre
le train, aller au cinéma ou simplement faire seules leurs
courses, ont quitté leur village ou leur maison…
L'histoire et les modes de vie, le sentiment de sécurité
ou d'insécurité, les caractères sont bien
sûr particuliers à chacun. Nous sommes plus ou moins
solitaires ou dépendants de la présence des autres pour
vivre…
Alors peut-être pouvons nous tout simplement nous interroger :
les laisse-t-on vraiment choisir ? De quoi sommes-nous responsables
à leur égard ? Et nous laissera-t-on choisir un jour pour
nous-mêmes ?
Annie MOLLIER
Responsable de
formation et Ingénieur d’étude au CPDG
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