Aborder en sociologie le
maintien à domicile ne pose
pas la question des pratiques (les différents auteurs du dossier
le font), mais celle de
son sens sociétal. A croire l’histoire, rester au domicile est
la norme :
nos aïeux restaient chez eux, l’institution constituant
l’exception. La réalité corrobore
d’ailleurs les faits : 92% des
personnes de plus de 65 ans restent à domicile… Alors, pourquoi
« construire » le domicile, puisqu’il est la
« norme » ?
Pourquoi rester au domicile
interroge-t-il au point de se
structurer : la question est posée par Claude Fages.
Au-delà de ses
explications c’est la limite qui reste le problème. A force de
vouloir faire du
domicile le contre-modèle de l’établissement celui-ci
devient l’épouvantail de
la fin de la vie. Or tel n’est pas la réalité: il
formalise simplement une fin
de vie dont on prend conscience quand les pathologies ne font plus de
ces « Êtres
vieux » que des « personnes malades ».
C’est une dure conception
imposée par nos représentations tendant à
survaloriser le domicile… Pourtant,
aujourd’hui Palliavie en sa phase expérimentale va selon Sylvie
Batier reconsidérer
la situation, même si «il est important pour
l’équipe soignante de savoir
qu’une hospitalisation dans un lieu adapté est toujours possible
si le domicile
devenait insécurisant ». Ainsi apparaît
la complexe explication de ce qu’il y a en
soi de plus
naturel : vouloir rester chez soi… mais avec des limites !
« Rester chez
soi » n’a rien à voir avec le
« vécu
chez eux » de nos aïeux. Désormais, le domicile
commence par l’aide
informelle, la proximité, et s’achève dans une
pseudo-hospitalisation quand les
pathologies sont plus lourdes. C’est la limite du maintien à
domicile qui est
posée : jusqu’à quand l’est-il, à partir de
quand ne devient-il qu’un
ersatz de l’hospitalisation ? La question est rarement
posée, comme si
l’essentiel reposait sur une organisation avant de trouver sens aux
choses.
Le domicile est donc bâti
sur cette convention. On connaît
pourtant les difficultés vécues par les aidants naturels,
la souffrance des professionnels,
le débat familial … Tout ceci n’arrive pas de façon si
inattendue.
Une politique du maintien
à domicile devrait planifier la
demande, coordonner la formation, repréciser les limites. Ainsi
semble prendre
position le CLIC de l’Isère Rhodanienne, comme Camille Bruna
l’explique. Prévoir
une qualité de vie à domicile devient une
réalité que l’on organise autour de
l’animation, d’évaluations, et aides toujours plus grandes aux
« soins »,
aspect développé par Christophe Tarade.
Nous entrons dans une autre
dimensions sociétale : la
construction d’un chez soi normé par les autres, pour
éviter d’être chez soi chez
les autres. Ainsi le maintien à domicile porte en lui une
responsabilité :
chercher une cohérence pour construire une culture nouvelle.