Les statistiques le
montrent clairement : l’allongement de l'espérance de vie
bénéficie à tous, y compris aux personnes
présentant un handicap moteur ou cérébral.
« Vieillir est un privilège
et lorsqu’on est handicapé […] on ressent cela encore plus
fortement », souligne Alice Vachet dans ce numéro
de l' IGD. Parler de "handicapés vieillissants" traduit donc une
réalité heureuse mais aussi chargée de craintes,
de la part des familles notamment. Car, disent-elles, « que vont devenir nos enfants quand nous
ne serons plus là ? »
Il existe aussi un
débat sur les conditions de l'accueil de ces personnes en
établissement après 60 ans. Car, vieillit-on pareillement
selon que l'on ait été porteur d'un handicap toute sa vie
(et/ou que l'on ait été en établissement toute sa
vie) ou que l'on le devienne seulement pendant sa vieillesse ?
Comment alors prendre
en charge ces personnes n’ayant pas les mêmes trajectoires de vie
? Les établissements d'hébergement pour personnes
âgées dépendantes sont-ils des lieux où
peuvent vieillir dignement les personnes handicapées ou bien
faut-il des établissements spécifiques ?
« La réalité n’est pas
unique » nous expliquent Pascale Vuillermet et Claude
Fages. Il ne faut pas nier les spécificités des personnes
âgées et des personnes handicapées,
spécificités relevant de cheminements et de constructions
différenciées.
Mais, nous explique
Valérie Blondel, on peut réaliser des expériences
de mixité comme à Notre-Dame-de-l’Osier où la
différence laisse la place à des solidarités. « La mixité peut
paraître compliquée […], il s’agit surtout de personnes
qui en rencontrent d’autres, tout simplement ».
Selon José
Desaindes, « il ne faut pas rejeter l’idée
d’intégrer des handicapés vieillissants dans nos EHPAD,
même si ces structures ne peuvent pourvoir à toutes les
situations de "nos frères humains différents" ».
Ce débat,
nécessaire et urgent, s'inscrit dans le cadre d'une
réflexion plus large faisant place aux échanges sur les
savoir-faire et les savoir-être des acteurs de la
gérontologie et du handicap. Les personnes elles-mêmes,
les familles, les professionnels, les pouvoirs publics (concernant les
moyens dédiés), doivent rechercher les meilleures
solutions.
Ce qui nous semble
essentiel, au-delà des points de vue de chacun, c'est que la
singularité de chaque être humain soit respectée et
prise en compte en toutes circonstances.
C'est un devoir
individuel et collectif que d'assurer ce respect. Nous y veillons
à notre niveau en ouvrant nos colonnes pour alimenter ce
débat.