« Les immigrés
âgés ne se ressemblent pas tous »,
certes. La notion démographique
d’« immigré » cache plus qu’elle ne
révèle des réalités humaines complexes de
l’immigration. Elle dit, en
l’occurrence ici, une transversalité (l’expérience de
l’exil et l’expérience
d’un vieillissement hors cadres sociaux normatifs des pays d’origine)
mais
cache en même temps des différences essentielles : de
conditions sociales
et économiques, d’histoires et de trajectoires migratoires, de
genres,
d’identités, de vécus familiaux ou d’isolement,
d’état de santé, etc. En somme,
de devenirs différenciés dans le vieillissement.
Cependant, au-delà de ce
constat, il y a nécessité d’un rappel à faire et
d’une réalité singulière à cerner.
Le rappel concerne la non-prévoyance par le système
socio-économique de l’immigration des spécificités du vieillissement des
immigrés : par déni au coeur des représentations d’une « présence
provisoire » (A. Sayad) des immigrés jusqu’aux années 80 et par oubli
ensuite dans les représentations d’une « intégration », axée
essentiellement sur les « jeunes » issus de l’immigration jusqu’aux
années 2000. Cela devrait en soi faire réfléchir sur le vieillissement dans
l’avenir des immigrations programmées dites « choisies » et
circulantes.
Quant à la réalité, elle concerne les conditions de
vieillissement d’une frange importante de l’immigration d’après-guerre (celle caractérisée
également par le fait qu’elle est une immigration coloniale et post-coloniale).
Cette frange vieillit aujourd’hui dans des conditions désenchantées : sur
le plan de la santé, du logement, de la sociabilité et de l’accès aux services
auxquels elle a droit. Autrement dit, elle vieillit en parallèle à l’offre du
« Bien vieillir » qui préoccupe cependant la société et ses représentants
(cf. Isère magazine N° 77 décembre 2006).
Quant aux acteurs (associatifs et professionnels) qui sont
dans la proximité de ce public, il faut leur reconnaître un double rôle :
celui de témoins privilégiés face au double silence (de la machine technocratique
et des concernés eux-mêmes) qui grève la condition du vieillissement de ce
public; et celui de défricheurs et d’innovateurs pour un possible
ré-enchantement de cette condition.
Les efforts faits dans le domaine du
logement (résidences sociales et autres), les tentatives de certains
professionnels de la santé d’« aller à la rencontre » de ce public
pour mieux le prendre en charge, la sensibilisation des acteurs de l’aide à
domicile aux spécificités de ces personnes qui ont grandement besoin de leurs
services et la mobilisation inter-associative pour expérimenter par exemple un
« café social » à Grenoble comme lieu de reconnaissance, de prise de
parole par les concernés et de coordination des actions des partenaires en
direction de cette population sont autant de signes encourageants. Ces efforts
resteraient cependant insuffisants s’ils n’aboutissaient sur une mobilisation à
la hauteur de la tâche de l’ensemble des acteurs concernés (élus, institutions
de droit commun, prestataires de services divers, acteurs associatifs
professionnels et bénévoles, etc.).
Les immigrés aussi aspirent à un bien vieillir !