LIBRES PROPOS
Maurice BONNET, vice-président du CNRPA, membre du cercle de la Flamboyance, est intervenu aux rencontres annuelles de l'ODAS qui ont eu lieu les 14 et 15 décembre à BREST sur le thème : " Soutien au vieillissement, nouveaux regards et nouvelles pratiques ". Nous avons choisi de diffuser ici son propos.

Je suis vieux.
Oui je suis vieux et je représente le coût.
Oui je suis le coût de la retraite et de la santé.
Oui je sens ce que mon handicap va peut-être coûter à la collectivité.
Oui je suis le vieux qui sent la mort, la mort qui arrivera à court ou moyen terme.

La mort, dont on ne parle jamais dans une société où le jeunisme triomphe, et qui pourtant est la seule source vivifiante au même plan que la naissance comme l'exprimait si bien, hier matin, notre ami Patrick Viveret.
Le mort est caché, le corbillard ne le transporte plus au cimetière à travers la ville et le repas de la fraternité avec les parents et amis qui suivait les obsèques a disparu.
Le regard porté sur le vieux en fait un être à part, ce qui explique l'incapacité des pouvoirs publics depuis 25 à 30 ans de définir une véritable politique globale de la vieillesse, disons même du vieillissement.

C'est un être à part puisqu'il coûterait plus que les autres.
Etre à part puisqu'il est en retrait.
Etre à part puisqu'il est classé, par les économistes ou démographes, comme un " inactif ".
Et cet être " à part ", a le toupet d'être une unité dans un groupe qui ne fait que croître pour atteindre, comme cela a été répété hier, 22 millions en 2040 … contre 12 millions aujourd'hui.

Attention, arrêtons les peurs.
Nous avons assez de la vache folle et du sida !
Vous savez, vous, ce qui se passera dans 40 ans ?
Il y a 40 ans, la personne de 60 ans n'avait pas la gueule d'aujourd'hui et la personne de 60 ans dans 40 ans sera encore différente.
Est-on si sûr que l'espérance de vie croîtra comme elle l'a fait durant ces 20 dernières années ?
Actuellement, il y a des doutes.
Arrêtons les peurs dont les conséquences ne peuvent que faire reporter les nouveaux regards pour de nouvelles politiques.
Oui, nouveaux regards, en intégrant les retraités, les personnes les plus âgées dans les parcours
de la vie, et non pas dans une rupture en fonction de l'âge, de l'âge couperet à la sortie du travail, ou de l'âge couperet pour la prise en charge du handicap, de l'âge couperet pour être administrateur d'une institution de protection sociale.

Oui, nouveau regard, en refusant le terme " inactifs " alors que l'âge et la santé de la majorité des pensionnés d'aujourd'hui en font des acteurs économiques, des acteurs culturels, de loisirs, des acteurs sociaux, des acteurs porteurs de lien social.

Oui, notre société n'arrive pas à donner un sens à la vieillesse, si ce n'est quelques rares réflexions d'élus à l'occasion des banquets des anciens, ou des décès de ces centenaires, que l'on ne va même bientôt plus honorer, ceci n'étant plus original.

Mais ces quelques réflexions ne constituent pas une politique de la vieillesse, car ces images que l'on pourrait qualifier de positives, s'apparentent à celles qui ne dérangent pas, car c'est la vieillesse dynamique qui voyage, c'est la vieillesse réussie qui renvoie une image de liberté et de force que l'on honore, dans mon beau pays du Vercors, lors de la " Foulée Blanche ".

Mais j'attends toujours ? ! Quel sens entend-on donner à la vieillesse et aux politiques qui en découlent ? Va-t-on se satisfaire de la situation actuelle, ou a t-on peur du devenir, parcequ'à 60 ans, je peux avoir des projets pour une durée de vie de 30 ans. Il nous faut donc procéder à un révision de notre regard sur la vieillesse, et ceci par un apprentissage collectif :
- reconnaître les différences, oui
- sortir des modèles uniques
- intégrer de nouvelles valeurs propres à la vieillesse, mais profitables à tous
- intégrer la mort
- s'occuper de la vieillesse au-delà des retraites
- aider à l'apprentissage du temps, du temps pour soi, du temps avec les autres, du temps pour les autres.
- reconnaître les différences, oui
- sortir des modèles uniques - intégrer de nouvelles valeurs propres à la vieillesse, mais profitables à tous
- intégrer la mort
- s'occuper de la vieillesse au-delà des retraites
- aider à l'apprentissage du temps, du temps pour soi, du temps avec les autres, du temps pour les autres.
Faut-il encore que l'on honore le don du temps, alors que l'on n'honore que le don de l'argent.
Faire émerger les capacités de chacun c'est se préparer à l'autonomie et à l'exercer.
Au-delà du savoir-faire et du savoir être, apprendre à savoir devenir, exiger d'exister et non pas de se retirer.
Exiger une représentation spécifique mais citoyenne donc au-delà de la défense des droits catégoriels.
Favoriser les conditions de rencontres " avec l'autre ", quel que soit son âge. Il faut être présent dans les instances où se débattent les problèmes de la cité, de la Nation, de l'Europe.
Soutenir et valoriser les actions citoyennes, en accompagnant la prise de responsabilité, ce qui n'est en aucun cas la prise de pouvoir.
Multiplier les parrainages jeunes/vieux ; chômeurs/actif ; retraités bien portants/retraités malades ou handicapés ; vivants et mourants.
Mettre à profit les aspects culturels des âges pour rétablir des liens sociaux.

En un mot mettre les hommes et les femmes âgés dans la situation de tout le monde, et l'adapter à leur spécificité.
C'est cela une politique du vieillissement.
C'est cela une société pour tous les âges, mais c'est aussi cela, mon cher Jean-Louis Sanchez, qui permettra " la Fraternité " que tu as évoquée hier matin.

Maurice BONNET
(Vice-président du CNRPA, membre du cercle de la Flamboyance)


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